Qu'est ce que la maladie de Wilson
La maladie de Wilson est une affection génétique rare du métabolisme du cuivre à l'origine d'une accumulation de ce métal dans l'organisme , principalement dans le foie, le système nerveux central et la cornée de l'oeil.
La maladie débute chez l'enfant, l'adolescent voire l'adulte jeune. De transmission autosomique récessive, la Maladie de Wilson frappe une personne sur 40 000. On estime que 1 000 à 1 500 personnes sont atteintes de Maladie de Wilson en France.
Cette maladie reste encore mal connue, et trop souvent le diagnostic est porté tardivement après des semaines voire des mois d’évolution. Le traitement (chélateur du cuivre ou zinc) est d’autant plus efficace qu’il est débuté précocement. Non traitée, cette maladie est à l’origine de lésions hépatiques puis du système nerveux central source de complications graves voire mortelles.
Compte tenu du caractère génétiquement déterminé de cette affection et du fait qu’elle peut rester longtemps silencieuse il est indispensable de rechercher la maladie dans l’ensemble d’une même fratrie.
Le gène a été identifié, il s'agit de ATP7B (ATPase, Cu(2+)-Transporting, Beta Polypeptide) situé sur le chromosome 13 en 13q14.3-q21.1. Plus de 200 mutations de ce gène sont décrites.
Quels sont les symptômes
Les symptômes associent à des degrés divers, troubles neuro-psychiatriques, signes hépatiques et anneau péri-cornéen.
Les deux signes neurologiques majeurs sont les mouvements anormaux et la rigidité.
Les mouvements anormaux : les tremblements sont souvent révélateurs de la maladie: ils surviennent au repos, et s'accentuent lors du maintien d'attitude, lors des mouvements volontaires et d'activités comme l'écriture.
La rigidité ou hypertonie prédomine au visage, au cou, au tronc et à la racine des membres. Elle est responsable de la dysarthrie, des difficultés de la déglutition et donne au faciès une expression caractéristique.
Les troubles psychiques peuvent apparaître les premiers et consistent en un certain désintérêt de l’activité scolaire ou professionnelle, des modifications du caractère avec une hyperémotivité avec une grande labilité de l’humeur, des syndromes dépressifs, des états psychotiques. Ils contrastent avec la conservation des fonctions intellectuelles. Certains de ces troubles sont parfois considérés comme quelque peu banals chez l’adolescent entraînant un retard de plusieurs mois voir années pour réaliser les diagnostic.
L'atteinte hépatique peut être isolée et d'intensité variable, allant de la quiescence clinique à la cirrhose décompensée. Deux complications , rares, sont gravissimes: l'insuffisance hépatique aiguë et l'hémolyse intravasculaire. Dans les formes neurologiques, l'atteinte hépatique est constante.
L'atteinte oculaire se caractérise par la présence d'un anneau brun-verdâtre péricornéen de Kayser-Fleischer .
Les autres manifestations viscérales sont plus rares : articulaires, endocriniennes ou cardiaques.
Comment confirmer le diagnostic
Le diagnostic de la maladie est évoqué systématiquement chez un enfant, un homme ou une femme jeune présentant un ou plusieurs des signes précédemment décrits.
Il est confirmé par :
une hypocoeruloplasminémie franche ( 10 mg/100 ml sérum)
une hypocuprémie (sauf en cas d'hémolyse intravasculaire).
une hypercuprurie des 24 heures (200 à 400 microgrammes).
Ces anomalies biologiques peuvent constituer la seule traduction de la maladie dans les formes précliniques
la démonstration d'une accumulation du cuivre :
péricornéenne, constamment retrouvée dans les formes neurologiques,
hépatique (dosages quantitatifs sur la ponction-biopsie)
les données du scanner et de l'I.R.M. cérébrale dans les formes neurologiques.
Le diagnostic génétique de la maladie de Wilson : deux stratégies d’étude sont utilisées
L' étude indirecte (étude de liaison génétique à l’aide de marqueurs ADN du chromosome 13) offre la possibilité de savoir si les frères et sœurs biologiques d’un sujet atteint sont malades ou indemnes. Ceci nécessite que le diagnostic chez le patient soit bien posé cliniquement et/ou biologiquement. L'étude se réalise en prélevant du sang du patient, des parents et des membres de la fratrie du patient. Cette étude ne donne pas de renseignements sur la nature de l’anomalie génétique. Il s’agit d’une étude rapide donnant des résultats fiables à 99 % .
L' étude directe (recherche des deux mutations) offre la possibilité de repérer et de décrire l’anomalie génétique en prélevant le sang du patient. Il s’agit d’une étude longue et fastidieuse (grand gène et plus de 250 mutations mises en évidence), dont les résultats ne sont concluants que dans 40 à 60 % cas.
TEMOIGNAGES DE PATIENTS
Témoignage de Pierrette
Mon histoire avec la maladie de Wilson a commencé il y a 30 ans, en 1974.J'avais 16 ans lorsque mon foie donna les premiers signes d'alerte. Les médecins me soignèrent pour une “hépatite virale ”.
Deux ans plus tard, après plusieurs traitements et trois ponctions au foie, les premiers troubles neurologiques sont apparus. Le premier neurologue que j'ai consulté mit ces symptômes sur le compte de la crise de l'adolescence et me conseilla de “changer d'air” !. Je suis donc partie en vacances à Nice mais mon état s'est aggravé jusqu'au jour où je suis tombée dans la rue.
A mon retour, j'ai vu le professeur T. de l’hôpital neurologique de Lyon il m'a fait hospitaliser pour des examens plus approfondis. Quelques jours après, au cours d'un examen ophtalmologique très simple, on découvrait avec la lampe à fente le fameux anneau vert caractéristique. Le diagnostic était enfin posé en 1976 j'avais 18 ans.
J'appris par la suite que je présentais alors les caractéristiques d'une “parkinsonienne”, que mon foie était détruit à 90% et que, si elle avait existé à l'époque, j'aurais du subir une transplantation.
On me mit immédiatement sous grosse dose de Tolovol avec 10 comprimés par jours. Les troubles neurologiques se sont très vite et considérablement aggravés : j'ai rapidement perdu la faculté de marcher, de parler, de coordonner mes mouvements. Je déglutissais avec une grande difficulté.
Je devins alors “ le petit singe ” de l’hôpital : tous les étudiants venaient me voir dans ma chambre. Je n'étais plus un être humain, mais LE CAS de maladie de Wilson.
A 19 ans, je ne pesais plus que 35 kg, ma jambe gauche était repliée, mes orteils étaient atteints de crampes incessantes et mes mains complètement déformées.
Après deux ans passé sans marcher, un chirurgien orthopédiste a proposé une opération pour ma jambe gauche afin que j'aie une position plus confortable dans mon fauteuil roulant. Le jour de l'opération, on m'a tournée puis piquée dans le dos. Arrivée au bloc, j'attendais toujours que l'on m'endorme ! .
Comme je ne pouvais pas parler, on ne m'avait même pas expliqué que l'on m'anesthésiait uniquement les jambes par péridurale !
On pratiqua une ténotomie du tendon d’Achille et des ischiaux jambiers. Le chirurgien en sortant de la salle d'opération dit à ma mère :
“ Ne vous leurrez pas, madame, votre fille ne marchera plus jamais ! ”
Mais, pour moi, on m'opérait pour que je marche.
Trois mois après, je remarchais sans béquille.
Aidée, par l’amour de ma famille, j'ai tout réappris :
La marche, avec la kinésithérapie,
Me resservir de mes mains, un peu avec l'ergothérapie, mais surtout avec des efforts personnels en exécutant tous les gestes de la vie quotidienne: me savonner, m'habiller, éplucher les légumes,...
Parler, déglutir, un peu avec l'orthophonie mais surtout devant mon miroir à faire des exercices d'articulations.....
Que de souffrances mais quelle revanche sur la maladie ! ! !....
En 1982, j'ai réussi un concours de la Poste : facteur.
La Poste m'a fait des difficultés mais devant ma détermination, a finalement validé mon concours.
En 1984, je me suis mariée,
Après une stérilité due à un stérilet, et malgré une levée de boucliers des médecins,
Le 23 novembre 1987, naissait par fécondation in vitro mon premier fils, Bastien. Après m'être assurée qu’il avait bien supporté le traitement in utero, j'ai pu l’allaiter pendant 15 mois, toujours contre l’avis de certains spécialistes,
Le 22 novembre 1989, sans aucune aide médicale, venait au monde Benjamin. Je l'ai également allaité mais “seulement” quatre mois.
Aujourd’hui, j'ai 45 ans et je ne me sens pas malade. Je travaille à temps plein, j'élève mes enfants et je m'occupe de mon appartement que nous rénovons avec mon mari. J'ai pu emprunter de l'argent pour l'acheter grâce à la garantie d'assurance ACARAT qui s'occupe des gens à risques. Bastien a 16 ans il est en terminale S, l’année prochaine il veut faire médecine. Benjamin a 14 ans il est en troisième il veut être infirmier.
Si j'ai pu en arriver là après 30 ans de cohabitation avec la maladie de Wilson, c'est grâce à ma volonté, mais aussi parce que j'ai suivi très consciencieusement mon traitement et que je me suis toujours soumise à tous les examens prescrits.
La maladie a peut être été une épreuve au début de ma vie, mais elle lui a donné un goût particulier car j'en connais le prix.
Avec l'association Bernard Pepin j'ai enfin pu rencontrer des personnes qui sont atteintes de cette maladie.
Je suis vraiment heureuse d'avoir pu écrire ce témoignage parce que je trouve mon histoire belle. J'espère qu'elle servira aux malades et à leurs proches.
Pierrette